C’est un dialogue sensible auquel nous invitent Roberto Fonseca et Vincent Segal, ces deux grands instrumentistes aux cultures musicales si différentes mais qui possèdent tous deux cet ADN propre aux baroudeurs, à ceux qui n’aiment rien de plus que de s’assoir au fond d’un troquet de Bogota ou de Yaoundé pour voir ce qu’il va se passer avec les musiciens du coin. Le pianiste de la Havane qui a rejoint très tôt ses aînés du Buena Vista Social Club pour y parfaire cette virtuosité mélodique doublée d’intensité rythmique propre aux grands musiciens de l’école cubaine a trouvé en la personne de Vincent Segal, violoncelliste lyrique que l’on ne présente plus, le parfait alter ego pour lancer une exploration intime et audacieuse de leurs racines musicales situées de part et d’autre de l’Atlantique. On est loin ici de la rencontre un peu superficielle car enregistrée dans l’urgence des interstices laissés par des agendas surchargés, on sent le respect de l’un pour l’autre, leur considération respective pour les répertoires abordés, mais ce respect qui aurait pu être un peu intimidant n’empêche aucunement le charme d’agir. Chopin à La Havane, Schubert créolisé, rumbas indolentes ou latin jazz tout en retenue, ils nous inventent un nouveau langage transatlantique magnifique, un esperanto musical entre effusion et sobriété.
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