Vu de ce côté du vieux monde la différence entre blues et gospel est pour le moins subtile. Le gospel se veut être une musique chrétienne à dominante vocale et le blues, trop souvent associé au diable, est d’abord la musique de ceux et celles qui souffrent. Pourtant Robert Finley aime à rappeler que lui, le chanteur de blues, a souhaité réaliser un vrai disque de gospel, un album hautement spirituel destiné à interpeller le Tout-Puissant.
À l’écoute de ce manifeste, pas évident de faire la différence avec ses albums précédents. La pochette et le titre de son dernier album Hallelujah ! Don’t Let thee Devil Fool Ya sont autant d’indices de l’orientation de ce nouveau coup de maître. Si l’on fait abstraction des lyrics, nous retrouvons la voix extraordinairement émouvante du chanteur septuagénaire. Né la même année que le rock’n’roll, Robert Finley a usé ses fonds de culotte sur les bancs des églises de Louisiane. Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille mais miracle, à 60 ans passés il sort son premier disque, un mélange réussi de blues, de soul et de gospel. Depuis il se fait produire par Dan Auerbach (l’un des deux Black Keys) qui lui apporte un son organique qui lui va comme un gant et lui permet d’accéder aux scènes du monde entier. Nouveau miracle, ce dernier album, un des meilleurs disques de l’année passée où sa voix côtoie les anges en plus d’être divinement accompagnée, nous emmène directement au septième ciel… La dernière fois que Robert est passé à Paul B, il nous avait emporté. Cette fois-ci nous risquons de nous envoler !
Patrice Villatte
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